Date: 29/07/2010
FREDERIC CHOPIN • Mazurkas
Jean-Marc Luisada (piano)
RCA
Piano bien défini. Equilibre spectral assez haut-médium.
Voici vingt ans, Jean-Marc Luisada publiait chez Deutsche Grammophon une première version des mazurkas, jeune, forte, bariolée, généreuse. Un Diapasan d'or saluait une approche totalement neuve de ces danses à trois temps, loin du cliché « Journal-intime-de-ce-pauvre-Chopin ». Une véritable rencontre entre un interprète et un corpus, pour un album inoubliable qu'il y a peu nous n'hésitions pas à faire figurer parmi la dizaine d'indispensables de la discographie chopinienne (cf le dossier de notre n° 576, p. 40), et les seules mazurkas que nous ayons jamais eu envie d'écouter d'affilée - même si elles ne sont pas faites pour ça.
Contrairement à naguère, Jean-Marc Luisada s'en tient aujourd'hui strictement aux cycle publiés du vivant du compositeur, négligeant les Opus 67 et 68 compilés post mortem, et les pages juvéniles ou reconstituées qui nous valent des intégrales pouvant atteindre jusqu'à cinquante-huit pièces. Entre son premier enregistrement et celui-ci, le pianiste a tellement creusé son sujet que personne aujourd'hui ne jongle aussi bien avec les éléments complexes (les difficiles notions de mazur, d'oberek, de kujawiak) qui structurent ces pièces savantes. El s'il met toujours beaucoup de couleurs dans son piano, jamais il n'abuse du fameux zal, cet état d'âme indéfinissable qui guette à chaque détour de phrase, et risque en permanence de virer au sentimental, de faire tourner la sauce délicate qui est le fond de cette musique. Jean-Marc Luisada manie ce langage comme une langue natale, se jouant avec un naturel extraordinaire d'une rythmique singulière (ah, ce satané appui sue le deuxième temps !) ou d'harmonies terriblement évasives - à partir de l'opus 50. Il énonce aujourd'hui son propos d'une voix plus posée, plus sombre, el plus profonde, sans avoir rien perdu de cet art du chant rappelant à la fois la spontanéité de Friedman (Naxos) et le raffinement de Kapell (RCA). Désormais, ce ne sera pas faire injure à Rubinstein (Emi, RCA), Magaloff (Decca, Philips) ou Dinorah Varsi (Emi) que de consulter leurs intégrales des mazurkas pour recueillir l'oracle, et d'aller chez Jean-Marc Luisada pour y chercher un supplément d’âme.
Etienne Moreau, Diapason - Diapason – juillet-août 2010
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